L’amélioration de la sécurité des villes (partie 1)

Fév 23, 2017

admin6903

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Par David HARARI
Co-président du Haut Conseil franco-israélien de la Science et de la Technologie
et Claude TRINK
Ingénieur général des Mines


 

L’augmentation régulière de la population dans les métropoles accroît la nécessité de trouver des réponses ef caces au besoin essentiel de sécurité des citoyens. Les technologies numériques et de nouveaux schémas d’organisation, de gouvernance et d’activité apportent des solutions qui permettent de répondre aux dé s posés tout en améliorant la qualité de vie, et ce, notamment dans les domaines de la sécurité urbaine, de la mobilité et des aménagements pour handicapés et personnes âgées.

L ́exploitation des Big data (que les métropoles accumulent naturellement) ouvrira la voie à de nouveaux services et produits urbains.
Mais ces solutions fruit des innovations urbaines ne pourront se déployer qu’après avoir fait la preuve de leur ef cacité, d’où l’importance des démonstrateurs et des échanges internationaux en matière d’expériences et de bonnes pratiques.


Aujourd’hui, plus de 50 % de la population mondiale vit en ville ; en 2030, ce taux sera de 60 %. Sur une population urbaine mondiale de 3,9 milliards en 2014, 12 % vivent dans des mégacités de plus de 10 mil- lions d’habitants, 8 % dans de grandes villes ayant entre 5 et 10 millions d’habitants et 21 % vivent dans des villes comptant de 1 à 5 millions d’habitants (1).

Cette croissance de la démographie urbaine – qui se ren- force dans les grandes villes – s’accompagne de la né- cessité de procurer aux habitants une sécurité qui devient l’une des fonctions importantes du développement de la ville. Cela oblige à un suivi de l’évolution des risques et des menaces, et les solutions qui y seront apportées im- poseront souvent le tracé et l’urbanisme de la ville.

On est ainsi passé de la ville-forteresse reposant sur des murailles et des grilles, à une conception panoptique de celle-ci centrée sur le contrôle et le déploiement des forces (l’armée ou la police), avec de larges avenues pro- pices à l’observation des manifestations et au maintien de l’ordre (travaux du baron Haussmann à Paris, au XIXe siècle). Avec le développement de la circulation automo- bile et des transports en commun, l’importance de gérer les ux à travers des couloirs de circulation étanches les uns par rapport aux autres s’est imposée (voies rapides, voies piétonnes, aires de livraison et de stockage…).

 

Face à de nouvelles menaces (incivilités, hooliganisme lié à des rencontres sportives, violences accompagnant des manifestations politiques, attentats terroristes…), de nouvelles approches de la sécurité se mettent en place, s’appuyant sur les possibilités offertes par les nouvelles technologies de l’information et de la communication.

Mais ce renforcement des techniques de sécurité n’est pas sans porter atteinte à la protection de la vie privée, et la ville devient l’espace d’un débat opposant les tenants réalistes d’une sécurité renforcée aux défenseurs de la vie privée et d’une vision de la ville en tant que lieu de ânerie, de rencontres et d’échanges (2).

C’est en vue de favoriser ces échanges sur les bonnes pratiques qu’a été créée, sous l’impulsion du Forum inter- national des technologies de sécurité (FITS) (3), la confé- rence Safe and Smart Cities, dont la première réunion s’est tenue à Tel-Aviv en mai 2015 pour confronter les solutions mises en œuvre dans des villes françaises et israéliennes. La prochaine conférence se tiendra en mars 2017 à Nice.

Nous nous appuyons sur les échanges de cette confé- rence de Tel-Aviv pour évoquer les différents apports de la ville intelligente à l’amélioration de la sécurité (en donnant à ce mot un sens large englobant les attentes des habitants en matière de qualité de vie).

L’amélioration de la sécurité urbaine et du maintien de l’ordre public

Une des premières fonctions de la ville est d’offrir à ses habitants et aux biens une protection contre un large spectre de risques : délinquance, terrorisme, hooliganisme, attaques de sites stratégiques, catastrophes naturelles, congestion des voies de circulation…

Par ailleurs, le tourisme devient pour beaucoup de villes une source croissante de revenus et la sécurité offerte à des millions de visiteurs constitue aussi un enjeu économique.

Les technologies d’information et de communication ont permis de mettre en place des systèmes structurés grâce auxquels les grandes métropoles sont à même d’atteindre ces objectifs. Ces systèmes reposent sur le déploiement de milliers de caméras dédiées à la surveillance en mi- lieu urbain, à la gestion du trafic routier (et à la reconnaissance de plaques d’immatriculation) ou à la détection d’objets suspects, et ce, grâce à des logiciels de traitement automatique de l’image.

 


Des centres de contrôle et de commandement (centraux ou régionaux) permettent d’analyser les informations collectées et de coordonner les différentes forces chargées des opérations de sécurité ou d’interventions au quotidien ou en situation d’urgence. Dans un proche avenir, des drones de surveillance pour- raient, grâce à la vision améliorée qu’ils offrent, apporter une aide précieuse aux responsables de sécurité dans leur prise de décisions.

Ces centres peuvent traiter des appels d’urgence, orga- niser la diffusion d’informations et d’alertes et gérer des périmètres de sécurité et des itinéraires d’accès pour le déploiement des forces d’intervention. Des systèmes de communication spécialisés mettent en relation toutes les autorités et tous les intervenants. La cybersécurité des systèmes équipant les villes intelligentes est elle-même un sujet de sécurité et c’est l’objet d’une plateforme d’échanges entre experts internationaux : « Securing- smartcities.org ».

Nous décrirons rapidement, dans les encadrés 1 et 2 de la page suivante, les cas de deux mégapoles : leurs points communs montrent que certains standards commencent à se dégager.

MEXICO CITY

Avec ses quelque 20 millions d’habitants, Mexico City fait partie des cinq plus grandes mégapoles du monde. À partir de 2009, les autorités de la ville ont lancé le pro- gramme Ciudad Segura, un projet de grande envergure (5 000 km2 à sécuriser) pour améliorer le niveau de sé- curité, abaisser le taux de criminalité, renforcer la coor- dination entre les services et accroître leur ef cacité.

Dans ce but, Thales, en partenariat avec l’opérateur de télécommunications mexicain Telmex, a été sélectionné à deux reprises (en 2009 et en 2014) pour fournir un dispositif se composant :

  • d’un système unifié de commandement et de contrôle avec :
    – un centre C4I (commandement, communication, conduite des opérations et collecte du renseignement, informatique) doté de 250 postes,– cinq centres de commandement et de contrôle (C2) dotés de     35 à 60 postes
    – deux unités de commandement et de contrôle mo- biles (C2M),
  • d’un système de diagnostic et de suivi des forces avec la prise en charge et la répartition des appels d’urgence
  • plus de 15 000 caméras de vidéosurveillance
  • une plateforme de développement en liaison avec une école nationale d’ingénieurs,
    – un centre opérationnel du réseau et un centre opérationnel du système,
    – un centre de formation dédié.

Selon Thales, les premiers résultats de ce dispositif se traduisent par :

–  une réduction de la criminalité (de 49 %, en trois ans),
–  un temps d’intervention ramené de 12 minutes à 2 mi-nutes 09 secondes,
–  un nombre de vols de véhicules diminué de moitié,
–  la disparition des taxis sans licence.

Ces systèmes sont complétés par des technologies de reconnaissance faciale et/ou d’empreintes biométriques (dans ce domaine un des leaders mondiaux est Morpho, le pôle Identité et sécurité de Safran (cette liale est au- jourd’hui proposée à la vente), qui facilitent l’identi cation des individus.

En outre, des systèmes automatiques de traitement de l’image (vidéo « intelligente ») permettent, notamment après la survenue d’un évènement précis, de trier en ac- céléré les données et d’extraire les éléments (visages, mouvements, objets) suspects, constituant ainsi une aide précieuse pour les enquêteurs.

Enfin, des applications ont été mises au point pour diffuser des alertes et des informations aux populations. Elles sont destinées à avertir les usagers en cas d’attaque ou de suspicion d’attaque terroriste en fonction de leur géo-localisation ou des codes postaux des communes.

Notons cependant que, le 14 juillet 2016, lors de l’attentat de Nice, l’application nationale SAIP (système d’alerte et d’information des populations) of ciellement promue par la direction générale de la sécurité civile et de la gestion de crise du ministère de l’Intérieur n’a pas fonctionné en temps réel. La question est aussi posée de savoir s’il faut privilégier une application sur smartphone ou l’activation d’un protocole de diffusion cellulaire pour tous les appa- reils mobiles de la zone concernée (tout en évitant le risque d’une saturation des réseaux de communication). Dans le cas de Nice, ce sont les réseaux sociaux généralistes qui ont permis à la solidarité de jouer un rôle ef cace.

Cependant, l’accroissement des possibilités technolo- giques ne peut se substituer totalement à une vigilance humaine mise en place selon des techniques reconnues, comme la détection de personnes suspectes (pro ling) et leur soumission à un interrogatoire, l’organisation des accès à des lieux sensibles, la formation de tous les per- sonnels susceptibles d’être concernés, sans oublier un ltrage des personnes embauchées, qui demeurent des éléments clés de la sécurité urbaine : « Il faut détecter, en amont, le poseur de bombes… et pas seulement la bombe : après, c’est trop tard » (4).

L’actualité récente montre notamment l’importance de ces techniques dans le cas des aéroports, qui sont devenus les portes d’entrée des grandes villes et leur prolonge- ment. Pendant longtemps, les aéroports ont été construits en dehors des villes. Aujourd’hui, les villes sous l’effet de l’accroissement urbain se rapprochent des aéroports. La sécurité des uns renforce l’attractivité des autres. Aussi les solutions mises en place pour assurer la sécurité des aéroports, des passagers et des avions joue-t-elle un rôle de plus en plus important pour la ville qui est la destination nale. Les technologies mises en place tant dans l’accès aux aéroports qu’à l’intérieur de ceux-ci (notamment pour la prévention du terrorisme) ont une in uence sur la per- ception de la sécurité de la ville desservie, et donc de son attractivité.

BUENO AIRES

En 2011, le nouveau ministère argentin de la Sécurité intérieure a fait appel au groupe MER (une compagnie israélienne spécialisée dans les technologies de sécuri- té, de télécommunications et de défense) pour conduire le programme Safe City pour la métropole de Buenos Aires, qui compte plus de 15 millions d’habitants. Ce programme, qui a été mis en place dans un délai de deux ans, comporte six volets :

  • un point central de contact pour les appels d’urgence
  • un centre (C4) de commandement, de contrôle, de calcul et de coordination des forces d’intervention dis- posant d’un système de prise de décision (intégration et visualisation de multiples informations émanant dedifférentes sources et transmises en temps réel)
  • huit centres régionaux de surveillance (pour gérer les caméras et autres types de capteur)
  • une infrastructure de surveillance s’étendant à toute la ville comprenant 1 200 caméras sur 300 sites (dont 300 caméras capables d’identi er les plaques d’imma- triculation), une centaine de voitures de police « intelli- gentes » dotées de caméras, de systèmes d’identication des plaques d’immatriculation et de transmission des informations en temps réel
  • une infrastructure de communication multiniveau dédiée
  • un système automatique de localisation des véhicules de police
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