L’amélioration de la sécurité des villes (partie 2/2)

Par David HARARI,Co-président du Haut Conseil franco-israélien de la Science et de la Technologie et Claude TRINK, Ingénieur général des Mines


L’amélioration de la sécurité des mobilités

La croissance attendue du volume des populations urbaines et l’émergence d’une classe moyenne aspirant à posséder un véhicule individuel vont rendre de plus en plus aigües les questions de trafic, de congestion et de stationnement. C’est dans le secteur de la mobilité qu’apparaissent de nombreuses solutions technologiques permettant d’améliorer la facilité et la sécurité des déplacements. De nouvelles applications disponibles sur smartphones permettent une optimisation et une plus grande tranquillité dans tous les aspects d’un déplacement, que celui-ci s’effectue en recourant à un moyen individuel ou à un réseau de transport collectif. Il en résulte une sécurité accrue tant pour les individus que pour l’ensemble de la collectivité.

La régulation de la circulation

Une application comme Waze (développée en 2008 par une société israélienne, avant d’être rachetée par Google en juin 2013 pour 966 M$) permet d’optimiser en temps réel un itinéraire en fonction non seulement de la distance, mais aussi des embouteillages, des travaux réalisés sur la chaussée ou d’éventuels accidents… Elle signale les limitations de vitesse (en émettant une alerte, en cas de non-respect de celles-ci), les travaux, les accidents et tout autre danger, ainsi que l’existence de radars. Elle utilise notamment les informations transmises par l’ensemble des utilisateurs (crowdsourcing).

L’assistance à l’utilisation des transports publics

Une autre application, elle aussi israélienne, Moovit (lancée en 2012) va plus loin que la simple fourniture des horaires théoriques de passage des transports publics. Elle répond en effet à toute requête d’itinéraire en proposant une combinaison de transports publics. Elle utilise les données de ses utilisateurs pour les informer en temps réel sur le trafic des bus et des métros, par exemple les bus en retard, les lignes de métro bloquées, les tramways bondés. Moovit est disponible dans 800 villes de 60 pays. En France, cette application est disponible dans plus de 25 villes, dont Paris, Strasbourg, Toulouse et Bordeaux (dans cette ville, Moovit s’est associée à l’opérateur privé de transports publics Keolis).

La signalétique et le mobilier urbains

Le mobilier urbain est devenu un grand support de diffusion d’informations dans la ville connectée, au travers notamment des panneaux lumineux. Les stations d’autobus nouvelle génération (par exemple, à Paris, celles gé- rées par la société Jean-Claude Decaux) non seulement donnent la durée d’attente jusqu’au prochain passage, mais sont aussi des relais Internet. L’éclairage urbain est lui aussi amélioré grâce à la présence de capteurs qui renforcent son intensité lumineuse au passage de piétons ou de voitures.

Les parkings et leur paiement

Pour ceux qui utilisent leur véhicule automobile en ville, le parking devient un problème majeur, car le nombre de places disponibles ne suit pas le rythme de croissance du trafic. Des solutions ont été mises au point sous la forme d’applications qui peuvent être téléchargées sur les smartphones et qui utilisent les capacités de géolocalisation de ces derniers.

Deux tendances se dégagent :

  • L’une vise à aider l’automobiliste à localiser une place de stationnement disponible soit sur la voie publique soit dans des parkings privés ou publics payants, elle est fondée sur une exploitation des Big data permettant d’établir la plus grande probabilité de trouver au moment voulu une place disponible, et ce en l’absence de tout senseur au sol détectant l’occupation ou la disponibilité d’une place. Certaines applications permettent même de gérer l’ensemble des fonctions requises : le guidage depuis le début de la course jusqu’au point final de destination, le paiement du parking, la mémorisation de l’emplacement libre dans le parking (c’est le cas des applications israéliennes Polly de la société sPARK, déjà présentes à Tel-Aviv, à Jérusalem et à Paris, ou Parko, qui vient d’être rachetée par le suédois EasyPark) ;
  • L’autre consiste à orienter un conducteur, qui n’aurait pas trouvé, au bout d’un laps de temps défini à l’avance, de place disponible pour garer sa voiture sur la voie publique, vers un parking privé où se trouvent des places disponibles au moment voulu (par exemple, des places de parking dans des immeubles résidentiels inoccupées en journée). L’application permet au conducteur non seulement de les localiser à proximité de son lieu de destination, mais aussi de s’assurer de la possibilité d’accéder au site (commande de la barrière) et de procéder au paiement (c’est ce que proposent par exemple l’application française Zenpark ou l’application israé- lienne Pink Park). La start-up israélienne ParKam a mis au point des traitements en temps réel des images des places de stationnement disponibles dans les rues ou dans les aires de parking, offrant ainsi des solutions nouvelles pour les automobilistes et les municipalités.

En outre, une multiplication des capteurs placés dans la chaussée permet de renseigner les automobilistes sur les places de parking disponibles (c’est le cas à Nice). Une offre de location d’automobiles avec parking affecté s’est également développée notamment grâce aux réservations sur smartphone : c’est le cas à Paris, avec les véhicules en libre-service Autolib’ (qui montre en outre l’intérêt du véhicule électrique en tant que véhicule urbain d’appoint), ou à Tel-Aviv (avec la filiale de partage automobile du constructeur automobile allemand Daimler Car2Go). Une nouvelle application, DriveNow, créée par BMW en liaison avec Sixt AG, propose dans certaines villes allemandes, ainsi qu’à Vienne, à Londres et à San Francisco, une solution d’autopartage de véhicules qui permet de localiser via son téléphone une voiture disponible et de pouvoir la laisser à n’importe quel autre endroit de la ville.

La prévention des collisions

L’entreprise israélienne MobilEye, qui a été créée en 1999, a développé une caméra et des algorithmes d’assistance à la conduite automobile dans le domaine de la prévention des collisions, notamment grâce au calcul de la distance entre deux véhicules. 80 % des collisions sont le fait de 3 secondes d’inattention : un signal émis 2 secondes avant l’impact peut permettre d’éviter la collision. Cette technologie s’adresse aussi bien aux particuliers conduisant leur voiture personnelle qu’aux collectivités gestionnaires de flottes d’autobus.

Une sécurité accrue indispensable à l’économie de partage

L’économie de partage permise par les plateformes d’échange rend possible une utilisation plus intensive du capital immobilisé. Dans le cas des véhicules de tourisme avec chauffeur (VTC), tels ceux des plateformes Uber ou du covoiturage, il est aussi attendu une réduction du nombre de véhicules circulant sur les routes et l’assurance de disposer d’un moyen de transport à un moment précis. En outre, la transparence sur le nom du chauffeur, sur l’itinéraire et le rôle de la notation accordée à son intervention contribuent à l’amélioration de la sécurité du voyageur. Enfin, des solutions de covoiturage permettent de réaliser des trajets de nuit alors que les transports publics ne fonctionnent plus ou à des conducteurs en état d’ébriété de pouvoir regagner leur domicile en toute sécurité

La sécurité au regard des conséquences sanitaires de la pollution

Le bien-être environnemental urbain (gestion de l’eau, changement climatique, pollution de l’air…) des citoyens devenant une préoccupation, la multiplication des capteurs en ville permet aux autorités d’apporter des solutions en fonction de paramètres de pollution mesurés ou anticipés. Une amélioration de l’état de santé des habitants est attendue.

L’amélioration de la sécurité et de la qualité de vie des personnes fragiles

Les seniors

À Barcelone, la municipalité a créé une application originale, Vincles BCN, qui est destinée à réduire l’isolement social des personnes âgées, dans une ville où un habitant sur cinq a plus de 65 ans. Vincles BCN, qui est accessible via une tablette tactile mise à la disposition des seniors, leur permet de rester en contact avec leur réseau de soutien (famille, amis, services sociaux et services de santé).

Les personnes handicapées

L’application israélienne Accessible ? est une plateforme qui, en fonction du profil de l’usager (notamment les personnes en chaise roulante ou les enfants en poussette), indique les conditions d’accès aux sites concernés (magasins, restaurants, musées, services publics…) et permet de consulter toutes les informations et photos qui y figurent. Cette application a été la lauréate d’un concours entre start-ups concernées par la ville intelligente organisé à Tel-Aviv par la conférence « Safe and Smart Cities », ainsi que par Walk21, de Vienne, qui lui ont remis le « Walking Visionaries Award ». Elle est aujourd’hui utilisée par les municipalités de Jérusalem et d’Eilat. Un pôle de recherche en matière d’innovations urbaines sur le handicap a été créé dans la ville israélienne de Raanana avec l’association Beit Issie Shapiro qui développe ses activités dans un grand nombre de pays des cinq continents avec pour objectif d’améliorer la qualité de vie des personnes handicapées et de lever les barrières empêchant leur intégration sociale complète. Par exemple, cette association a développé en Israël le premier terrain de jeu accessible à tous, offrant ainsi aux enfants handicapés une chance égale aux enfants qui ne le sont pas en matière de loisirs et de jeux. Cela permet de réunir à travers le jeu des enfants handicapés et des enfants valides, et de sensibiliser ces derniers au handicap physique.

Les personnes nécessitant des soins

Des applications de télémédecine se développent, permettant aux médecins de suivre à distance, grâce à des transmissions électroniques, des paramètres de santé de leurs patients (rythme cardiaque, glycémie…). Cela permet un suivi plus régulier des patients tout en évitant des déplacements pour eux comme pour les médecins. La prise de certains médicaments (par exemple à intervalles réguliers) peut aussi être déclenchée à distance par le mé- decin. Ainsi, l’amélioration du suivi du traitement et de la qualité des soins s’allie à l’accroissement du confort de l’ensemble des parties prenantes.

L’amélioration de la sécurité permise par les Big data

Les villes détiennent des quantités colossales de données, que la technologie moderne leur permet aujourd’hui d’exploiter. L’association OpenDataFrance définit les conditions de mise à disposition de ces données par des municipalités à des exploitants. Le traitement de ces données pourra, au travers des logiciels d’intelligence artificielle et des algorithmes, contribuer à l’amélioration de la sécurité dans la ville, car elles serviront de base à de nouvelles approches prédictives des comportements. En particulier, il sera possible de mieux déterminer les « points chauds » d’une ville, les modes d’intervention et les investissements nécessaires à la prévention des crimes. IBM, Motorola, Hitachi… ont déjà développé des outils de Predictive Analytics & Crime Prevention pour des villes américaines (telles que Memphis, Atlanta et Seattle) et ont contribué à la mise en place des Real-Time Crime Centers, notamment à New York. En Europe, les villes de Zurich, Nuremberg et Munich utilisent déjà des logiciels de police prédictive, qui leur permettent de se focaliser sur certaines zones à risque.

L’amélioration de la sécurité des données personnelles

La ville intelligente doit intégrer très en amont, dès la phase de la réflexion, les problématiques de protection des informations qui devront être à la fois en phase avec les besoins présents et futurs et faciliter (plutôt que freiner) le développement des services. Il est donc nécessaire de bien définir les domaines d’intervention et de prendre les mesures essentielles pour favoriser l’essor de ces nouveaux services, en mettant l’accent notamment sur :

  • le développement d’une stratégie de gestion des informations
  • la protection des informations
  • l’authentification des utilisateurs

La sécurisation des décisions prises par des autorités municipales

La ville connectée permet un nouveau mode de relations entre les autorités municipales chargées de prendre des décisions et les habitants. Ceux-ci, à travers les réseaux sociaux, les applications mobiles et les pétitions peuvent désormais faire connaître directement leurs opinions et émettre des propositions. Ainsi, Paris, à travers la plateforme « Madame le Maire, j’ai une idée ! «, ou encore Rennes, à travers un budget dédié aux projets provenant d’initiatives citoyennes en matière d’aménagement, de mobilité, de protection de l’environnement ou encore de lutte contre les discriminations, encouragent cette démocratie participative, qui dispose de plus en plus d’outils pour s’exprimer et qui s’appuie sur la créativité et l’expertise des habitants.

L’amélioration de la sécurité dans le cadre du soutien à l’innovation urbaine

Les villes ont pris la mesure de l’importance pour leur attractivité et leurs activités économiques futures du soutien à l’innovation, notamment au travers d’incubateurs spé- cialisés, d’accélérateurs, de conférences et de présentations de start-ups. La sécurité urbaine (avec le développement de logiciels d’identification, d’intelligence artificielle et d’algorithmes pour le traitement des images, de nouveaux systèmes d’information et d’alerte…) peut devenir une thématique industrielle majeure. Ainsi, la ville israé- lienne d’Herzliya possède un accélérateur d’innovations urbaines et, à Paris, il existe, parmi les vingt incubateurs de start-ups soutenus par la Ville, Welcome City Lab, qui est spécialisé dans les innovations touchant au tourisme.

Conclusion

L’augmentation de la population urbaine soulève de nombreux défis pour les autorités locales, tels que la pollution atmosphérique, l’efficacité énergétique, la gestion des transports, la sécurité et le bien-être des habitants dans toute leur diversité. En améliorant la qualité des communications avec et entre leurs citoyens, ainsi que le fonctionnement optimal de leurs infrastructures municipales, et ce, grâce aux possibilités offertes par les nouvelles technologies, les métropoles urbaines deviendront de plus en plus attractives pour leurs futurs habitants. À cet égard, l’échange d’expériences et de bonnes pratiques entre municipalités constitue un élément important de progrès et de sensibilisation des décideurs et des usagers permettant de faciliter le choix entre les diverses solutions proposées et le déploiement des solutions retenues. La mise en place d’une plateforme d’échanges, telle qu’un Urban Wiki, apparaît comme un outil nécessaire. Cependant, la sécurité reste un élément fondamental des attentes des habitants. C’est un problème auquel sont confrontées toutes les grandes métropoles du monde. À défaut, le sentiment de sécurité des habitants sera recherché – dans une sorte de retour vers le Moyen Âge – au travers de la constitution de lotissements fermés, voire fortifiés (gated communities), dont certains exemples se multiplient en Afrique du Sud ou en Amérique latine.

Post by Safe Smart Team

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