L’amélioration de la sécurité des villes (Partie 1/2)

Par David HARARI,Co-président du Haut Conseil franco-israélien de la Science et de la Technologie et Claude TRINK, Ingénieur général des Mines


L’augmentation régulière de la population dans les métropoles accroît la nécessité de trouver des réponses efficaces au besoin essentiel de sécurité des citoyens. Les technologies numériques et de nouveaux schémas d’organisation, de gouvernance et d’activité apportent des solutions qui permettent de répondre aux défis posés tout en améliorant la qualité de vie, et ce, notamment dans les domaines de la sécurité urbaine, de la mobilité et des aménagements pour handicapés et personnes âgées.

L’exploitation des Big data (que les métropoles accumulent naturellement) ouvrira la voie à de nouveaux services et produits urbains.
Mais ces solutions fruit des innovations urbaines ne pourront se déployer qu’après avoir fait la preuve de leur efficacité, d’où l’importance des démonstrateurs et des échanges internationaux en matière d’expériences et de bonnes pratiques.

Aujourd’hui, plus de 50 % de la population mondiale vit en ville ; en 2030, ce taux sera de 60 %. Sur une population urbaine mondiale de 3,9 milliards en 2014, 12 % vivent dans des mégacités de plus de 10 mil- lions d’habitants, 8 % dans de grandes villes ayant entre 5 et 10 millions d’habitants et 21 % vivent dans des villes comptant de 1 à 5 millions d’habitants.

Cette croissance de la démographie urbaine – qui se renforce dans les grandes villes – s’accompagne de la nécessité de procurer aux habitants une sécurité qui devient l’une des fonctions importantes du développement de la ville. Cela oblige à un suivi de l’évolution des risques et des menaces, et les solutions qui y seront apportées im- poseront souvent le tracé et l’urbanisme de la ville.

On est ainsi passé de la ville-forteresse reposant sur des murailles et des grilles, à une conception panoptique de celle-ci centrée sur le contrôle et le déploiement des forces (l’armée ou la police), avec de larges avenues pro- pices à l’observation des manifestations et au maintien de l’ordre (travaux du baron Haussmann à Paris, au XIXe siècle). Avec le développement de la circulation automo- bile et des transports en commun, l’importance de gérer les flux à travers des couloirs de circulation étanches les uns par rapport aux autres s’est imposée (voies rapides, voies piétonnes, aires de livraison et de stockage…).

Face à de nouvelles menaces (incivilités, hooliganisme lié à des rencontres sportives, violences accompagnant

des manifestations politiques, attentats terroristes…), de nouvelles approches de la sécurité se mettent en place, s’appuyant sur les possibilités offertes par les nouvelles technologies de l’information et de la communication.

Mais ce renforcement des techniques de sécurité n’est pas sans porter atteinte à la protection de la vie privée, et la ville devient l’espace d’un débat opposant les tenants réalistes d’une sécurité renforcée aux défenseurs de la vie privée et d’une vision de la ville en tant que lieu de flânerie, de rencontres et d’échanges.

C’est en vue de favoriser ces échanges sur les bonnes pratiques qu’a été créée, sous l’impulsion du Forum inter- national des technologies de sécurité (FITS), la conférence Safe and Smart Cities, dont la première réunion s’est tenue à Tel-Aviv en mai 2015 pour confronter les solutions mises en œuvre dans des villes françaises et israéliennes. La prochaine conférence se tiendra en mars 2017 à Nice.

Nous nous appuyons sur les échanges de cette confé- rence de Tel-Aviv pour évoquer les différents apports de la ville intelligente à l’amélioration de la sécurité (en donnant à ce mot un sens large englobant les attentes des habi- tants en matière de qualité de vie).


L’amélioration de la sécurité urbaine et du maintien de l’ordre public

Une des premières fonctions de la ville est d’offrir à ses habitants et aux biens une protection contre un large spectre de risques : délinquance, terrorisme, hooliganisme, attaques de sites stratégiques, catastrophes naturelles, congestion des voies de circulation…

Par ailleurs, le tourisme devient pour beaucoup de villes une source croissante de revenus et la sécurité offerte à des millions de visiteurs constitue aussi un enjeu écono- mique.

Les technologies d’information et de communication ont permis de mettre en place des systèmes structurés grâce auxquels les grandes métropoles sont à même d’atteindre ces objectifs. Ces systèmes reposent sur le déploiement de milliers de caméras dédiées à la surveillance en mi- lieu urbain, à la gestion du trafic routier (et à la reconnais- sance de plaques d’immatriculation) ou à la détection d’objets suspects, et ce, grâce à des logiciels de traite-

ment automatique de l’image. Des centres de contrôle et de commandement (centraux ou régionaux) permettent d’analyser les informations collectées et de coordonner les différentes forces chargées des opérations de sécurité ou d’interventions au quotidien ou en situation d’urgence. Dans un proche avenir, des drones de surveillance pour- raient, grâce à la vision améliorée qu’ils offrent, apporter une aide précieuse aux responsables de sécurité dans leur prise de décisions.

Ces centres peuvent traiter des appels d’urgence, organiser la diffusion d’informations et d’alertes et gérer des périmètres de sécurité et des itinéraires d’accès pour le déploiement des forces d’intervention. Des systèmes de communication spécialisés mettent en relation toutes les autorités et tous les intervenants. La cybersécurité des systèmes équipant les villes intelligentes est elle-même un sujet de sécurité et c’est l’objet d’une plateforme d’échanges entre experts internationaux : « Securing- smartcities.org ».

Nous décrirons rapidement, dans les encadrés 1 et 2 de la page suivante, les cas de deux mégapoles : leurs points communs montrent que certains standards commencent à se dégager.

Ces systèmes sont complétés par des technologies de reconnaissance faciale et/ou d’empreintes biométriques (dans ce domaine un des leaders mondiaux est Morpho, le pôle Identité et sécurité de Safran (cette filiale est aujourd’hui proposée à la vente), qui facilitent l’identification des individus.

En outre, des systèmes automatiques de traitement de l’image (vidéo « intelligente ») permettent, notamment après la survenue d’un évènement précis, de trier en accéléré les données et d’extraire les éléments (visages, mouvements, objets) suspects, constituant ainsi une aide précieuse pour les enquêteurs.

Enfin, des applications ont été mises au point pour diffuser des alertes et des informations aux populations. Elles sont destinées à avertir les usagers en cas d’attaque ou de suspicion d’attaque terroriste en fonction de leur géolocalisation ou des codes postaux des communes. No- tons cependant que, le 14 juillet 2016, lors de l’attentat de Nice, l’application nationale SAIP (système d’alerte et d’information des populations) officiellement promue par la direction générale de la sécurité civile et de la gestion de crise du ministère de l’Intérieur n’a pas fonctionné en temps réel. La question est aussi posée de savoir s’il faut privilégier une application sur smartphone ou l’activation d’un protocole de diffusion cellulaire pour tous les appareils mobiles de la zone concernée (tout en évitant le risque d’une saturation des réseaux de communication). Dans le cas de Nice, ce sont les réseaux sociaux généralistes qui ont permis à la solidarité de jouer un rôle efficace.

Cependant, l’accroissement des possibilités technologiques ne peut se substituer totalement à une vigilance humaine mise en place selon des techniques reconnues, comme la détection de personnes suspectes (profiling) et leur soumission à un interrogatoire, l’organisation des accès à des lieux sensibles, la formation de tous les personnels susceptibles d’être concernés, sans oublier un filtrage des personnes embauchées, qui demeurent des éléments clés de la sécurité urbaine : « Il faut détecter, en amont, le poseur de bombes… et pas seulement la bombe : après, c’est trop tard ».

L’actualité récente montre notamment l’importance de ces techniques dans le cas des aéroports, qui sont devenus les portes d’entrée des grandes villes et leur prolonge- ment. Pendant longtemps, les aéroports ont été construits en dehors des villes. Aujourd’hui, les villes sous l’effet de l’accroissement urbain se rapprochent des aéroports. La sécurité des uns renforce l’attractivité des autres. Aussi les solutions mises en place pour assurer la sécurité des aéroports, des passagers et des avions joue-t-elle un rôle de plus en plus important pour la ville qui est la destination finale. Les technologies mises en place tant dans l’accès aux aéroports qu’à l’intérieur de ceux-ci (notamment pour la prévention du terrorisme) ont une influence sur la perception de la sécurité de la ville desservie, et donc de son attractivité.

Post by Safe Smart Team

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